12 avril
Nous
cottoiames continuellement, depuis le 7 du courant, l'isle de Java, et pendant
ce temp nous eumes des grands calmes, et des raffalles de pluie, et des vents,
on compte la longeur de cette isle a 150 lieux, et sa circumference a 300, nous
voguames a 3 a 4 lieux de distance du continent, de maniere qu'on put
distinguer les hauttes montagnes, et vallées, du coté de la mer, la terre n'est
pas hautte, on en peut distinguer les habitations, et plantations, mais plus
avans, ce pais est plains de hauttes montagnes, guarnis jusqu'au sommet des
grands arbres, et la plus grande partie de l'isle, n'est que bois, et fait des
affreux deserts, hiere au soir, nous passames a 6 heures l'isle de trouwers, et
ce matin a 8 heures l'isle de Cocos ces 2 isles ne sont pas grands, et tout
pres du continent de Java; a une heure et demie, nous passames la tete
occidentale de l'isle de Java et fimes l'entrée du détroit de Sonda, entre Java
et Sumatra, dont oncompte la distance a 10 lieux, on me fit connoitre la
raison, pour la quelle on cottoie ordinairement l'isle de Java, et que ce fut,
parce que il faut entrer au dit detroit tout pres de la tete occidentale de
Java pour la profondeur de la mer, la quelle n'est pas si navigable du cote de
Sumatra, de plus, si un vaisseau eut le malheur d'etre jetté du coté de
Sumatra, il doivroit faire le detour de la ditte isle pour tomber dans le
detroit de Banca, donc touts les vaisseaux en doivent faire la traverse pour passer
a la Chine, a 2 heures apres midi, nous vimes (:princen eijlant:) l'isle du
Prince, a 4 lieux avans du dit detroit de Sonde, et 3 lieux de Java, nous vimes
aussi tenant notre vaisseau un serpent de mer de la longeur de 11 a 12 pieds,
il avoit la couleur jaunatre, avec des taches noires, et brunes il avoit aussi
la tete extremement grosse, il se tenoit fort tranquille sur la superficie de
la mer, jusqu'a qu'on accurut par curiosité pour l'admirer, et a ce bruit il se
plongea perpendiculairement; apres un grand calme, nous recumes a 4 heures
l'apres midi, une bonne graine de pluie, et le vent du Zud Ouest quart a
l'ouest, les quelles nous favorisent tellement que nous passames l'isle du
Prince, et immediatement apres, nous entrames la baije de Meew, ou nous
mouillames l'ancre a 8 heures du soir, en attendant la mousson, avec la quelle
nous esperons de venir avec la Grace de Dieu a Canton a la Chine
A ce matin,
un javanois habitant de l'isle du Prince, vint avec son cannot nous presenter
14 tortues de mer, et les quelles furent achetes pour 3 piastres, il y en
avoint deux qui peserent pour le moins 90 livres, on en trouve meme, qui pesent
jusqua 300 livres, l'apres midi, 2 des dits cannots nous presenterent encore 30
a 32 tortues, pour les quelles l'on donnat 9,5 piastres, ils avoient encore
d'autres rafraichissements, comme melons, conconbres, pisans, etc; Ces dits
cannots sont extremement minces, et legers, meme que les sauvages, nij entrent
qu'avec precaution, pour le point renverser, s'y mettent d'abord les jambes
croisées sur une espece d'estrade des joncqs, sous la quelle ils mettent allors
leur marchandise, leur mat, n'at que la hautteur de 10 a 12 pied, qui n'est
qu'une grosse manche a balai, les voiles sont des fines nattes, les cordes des
ecorces d'arbres, et l'ancre a un bras, n'est qu'une branche d'arbre fourchue,
et a fin de tenir un peu au fond, ils y attachent une grosse pierre, et la plus
grande partie des ces dits cannots, sont d'une piece taillée d'une arbre, les
quels ne sont pas, (:pour leur grosseur:) tres difficils a trouver dans ce
pais; les Javanois ne sont pas noires, ils sont d'un brun rougeatre, et n'ont
pas le visage, ni le nez difforme, j'en ai vu d'aussi revenants qu'en Europe,
ils sont nerveux, et bien decoupplés, ils n'ont d'autre habillement qu'une
piece de linge, ou 2 aulnes de cotton pour couvrir le sommet, ils ont
naturellement les dents tres blancs, mais a force de manger ou macher une
certaine herbe et fruit, ils devienent premierement rouges, et apres noires, la
ditte herbe se nomme Bethel, et l'on s'en serve ainsi dans touttes ces indes,
comme nous nous servons du tabac par coutume, et mauvaise habitude